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15-12-18
Rubrik: Pressebericht, Fessenheim
Breisach - Rassemblement des anti-Fessenheim

Jusqu’à la fermeture, et au-delà…


De 18 h à 19 h, tous les lundis, les militants antinucléaires se rassemblent sur la Neutorplatz de Breisach. (PHOTOS DNA -Patrick Kerber)

Depuis 2011, et l’accident de Fukushima, la scène se reproduit tous les lundis soir entre 18 h et 19 h sur la Neutorplatz, au centre de Breisach. Fidèles au rendez-vous, de vingt à trente militants engagés se réunissent pour réclamer la sortie du nucléaire. Demain ce sera la 400e « Mahnwache ».

Il n’est pas là mais son nom est sur toutes les lèvres. En ce mois de mars, Naoto Kan, ancien premier ministre japonais, vient de conclure sa tournée française par Strasbourg.

Pour les anti-nucléaires, l’homme est aujourd’hui un symbole. En 2011, au moment où le tsunami ravage les côtes japonaises, il est encore à la tête d’un pays qui veut porter à 50 % la part de son énergie nucléaire. Fukushima agit comme un révélateur : si les vents n’avaient pas été favorables, c’est près de la moitié des Japonais, Tokyotes inclus, qui auraient dû quitter leurs foyers pour des dizaines d’années. Depuis, l’homme n’a de cesse de plaider en faveur des énergies renouvelables. « Il parle de choses qu’il a vues ! Je ne comprends pas qu’il ne soit pas reçu par le gouvernement français », s’indigne une manifestante.

Elle est française, comme un tiers environ des personnes présentes ce soir-là sur la Neutorplatz. Au total, ils sont une petite trentaine, malgré le vent glacial qui souffle en ce lundi. A 18 h, Guslav Rosa gare sa break noire au pare-brise recouvert d’une banderole jaune appelant à fermer Fessenheim. Cette figure du SPD locale, qui dit être là comme simple citoyen, a contribué à lancer ces rassemblements : « Pendant deux semaines après Fukushima, tous les jours, des groupes de veillées se sont formés spontanément dans plusieurs endroits d’Allemagne », se souvient-il. Les jours passants, se pose alors une question : de quelle manière pérenniser ce vent de protestation ? Ils obtiennent l’autorisation, chaque lundi, de se retrouver sur place, avec un véhicule et un mégaphone, pendant une heure.

« Après plusieurs mois, les Français sont venus. C’est important, car ce ne sont pas les Allemands qui vont fermer Fessenheim, mais les Français », souligne Guslav. Parmi eux, il y a Pierre et Colette, de Soultz. « Militants historiques », comme ils se qualifient en souriant : « On était déjà engagés contre la construction de la centrale. » « Ce qui me pousse à venir ? La peur que Fessenheim me saute à la face ! » lance une autre Française, domiciliée aujourd’hui en Allemagne. « Ça nous a toujours concernés, Fessenheim. Quand on entend qu’il y a quelque chose, même théorique, à faire, on se dit qu’il faut le faire », renchérit sa voisine.

Déjà, la question des déchets est sur toutes les lèvres

Côté allemand, on trouve aussi des anciens de Wyhl, cette centrale nucléaire dont la construction, face à la protestation, a été abandonnée au mitan des années 70. « C’était la première fois depuis la guerre que les Alsaciens et les Allemands étaient réunis pour une cause commune », se souvient un autre Alsacien.

Guslav prend le mégaphone pour sa traditionnelle allocution, toujours en rapport avec l’actualité du nucléaire. Cette fois, bien sûr, il est question de Naoto Kan. Un homme s’approche. Français, il attend sa femme partie faire les courses. C’est aussi l’un des objectifs du rassemblement : discuter avec les gens. Ce soir, les passants sont rares. Rien à voir avec la période du marché de Noël où en prime, les militants récoltent « flammekuche et vin chaud. »

Le mégaphone s’est tu, les militants discutent maintenant entre eux ou font les cent pas sur la place, sans doute pour conjurer le froid. Au milieu des têtes grises qui constituent le gros des troupes, on trouve Alexandra. La jeune Allemande membre du SPD est venue pour la première fois, à l’appel de Guslav. Ce qui la motive ? « J’ai un fils. Quel monde je vais lui laisser ? »

Peu avant 19 h, les militants lèvent le camp. Beaucoup reviendront la semaine suivante. Et celle d’après. Jusqu’à la fermeture de Fessenheim, et peut-être même au-delà. « Quand la décision ferme et définitive sera prise… on réfléchira peut-être à continuer autrement… Ce n’est pas parce que Fessenheim va fermer que le problème sera résolu », dit Colette. Déjà, la question des déchets est sur toutes les lèvres. Et les regards, eux, se tournent vers Bure, où doit se construire le futur cimetière nucléaire français.

Lundi 17 décembre place de la Cathédrale à Breisach. De 18 à 19 h, veille. De 19 h à 19 h 20, la Croix de Wyhl, symbole de la lutte contre le nucléaire dans les années 1970 sera portée dans la cathédrale. Une prière œcuménique de l’avent sera animée par Christiane Drape-Mülle, pasteur, et Werner Bauer, prêtre. Repli ensuite à l’hôtel Stadt Breisach où des prises de paroles des mouvements antinucléaires et d’invités alterneront avec des interludes musicaux.